Marie-Christine VERGIAT : « Pour un monde de demain où les gens circuleront librement »

Interview de Marie Christine VERGIAT sur les migrants et les réfugiés

Marie Christine VERGIAT, députée européenne

Députée européenne pour le Front de gauche, militante pour la ligue des droits de l’homme (LDH), membre de l’organisation ATTAC, Marie-Christine VERGIAT a plusieurs casquettes. Cette fille d’un boucher et d’une secrétaire défend corps et âme ses idées et les valeurs auxquelles elle croit. Face à la crise actuelle des migrants, elle n’hésite pas à mettre l’Union Européenne devant ses responsabilités. Rencontre avec une femme politique qui croit encore en un monde meilleur.

Theafronomist : « Afflux », « Explosion », « immigration massive »… autant d’expressions qui peuvent faire peur. Les migrants sont-ils aussi « menaçants » pour l’Europe ?

Marie-Christine VERGIAT : Par principe, je n’ai pas peur de l’autre. D’abord, il faut éviter de faire des amalgames entre migrants et réfugiés. On utilise souvent ces deux mots pour véhiculer un message différent selon ses opinions politiques. Pour les uns, ce sont tous des migrants clandestins dangereux, pour les autres, il s’agit de bien trier entre les réfugiés économiques et les réfugiés de guerre. Selon les chiffres du HCR (ndlr, Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés), en 2014 il y avait 60 millions de déplacés et de réfugiés dans le monde. Cela fait effectivement un nombre important, mais il faut relativiser car c’est une crise mondiale qui ne concerne pas seulement l’Europe. 11 millions de syriens se déplacent à cause de la situation dans leur pays. Mais la plupart migrent à l’intérieur même de la Syrie ou alors dans les pays limitrophes : Turquie, Liban, Jordanie ; ce qui représente 4 à 5 millions de personnes. Les réponses de l’UE ne sont pas à la hauteur, car elle compte accueillir 160 000 personnes. Par ailleurs, si les frontières n’étaient pas verrouillées, nous n’aurions pas des images de milliers de personnes en file indienne aux portes de l’Europe. Si ces réfugiés sont répartis au prorata des populations européennes, le chiffre devient dérisoire : 0,5%. Au Liban et en Jordanie, pays qui sont en première ligne, ce taux monte à 20 voire 25% de la population. Ce sont des pays qui accueillent les réfugiés majoritairement dans des conditions normales et même pas dans des camps comme en Europe.

Entre fermeté et compassion, les politiques français ne savent plus à quel saint se vouer. La France, pays des droits de l’homme, a t-elle perdu son sens de la solidarité ?

M-C V : Je pense que l’on devrait plus parler du « pays de la déclaration des droits de l’homme » plutôt que du « pays des droits de l’homme ». La France n’est pas tout à fait à la hauteur en matière d’asile. D’ailleurs, les réfugiés n’aiment pas tellement venir en France. La preuve, le nombre de demandeurs d’asile en France a diminué de 5% l’année dernière alors que dans les autre pays de l’UE les demandes ont explosé. La France est aussi la championne des expulsions. Respecter les droits de l’homme, c’est d’abord commencer par signer les conventions internationales et les respecter. C’est-à-dire participer aux sauvetages en mer, laisser les gens faire leurs demandes d’asile sur le territoire français, ne pas faire le tri aux frontières pour savoir qui est le bon réfugié et qui ne l’est pas. Au delà de cela, il y a la convention internationale des droits de l’enfant qui stipule que tout mineur isolé doit être accueilli dans le pays où il arrive comme n’importe quel mineur. Le droit au regroupement familial, également, doit être respecté. Des gens sont bloqués aux frontières et n’arrivent pas à rejoindre leurs familles.

Pourquoi vous êtes vous engagée ?

M-C V : Je suis engagée dans la lutte pour les droits de l’homme depuis plus de 30 ans. Depuis une bonne quinzaine d’années je vois que les droits régressent. C’est dramatique. Dans quel monde vivrons-nous demain ? Dans l’Union Européenne, il est question de libre circulation, mais on ouvre les frontières aux marchandises et on ferme la porte aux êtres humains. En outre, on nous oppose les uns aux autres. Le nord contre le sud, les chrétiens par rapport aux musulmans… Et tout cela ne grandit pas l’Europe.

Quel est votre engagement personnel face au drame des migrants ?

M-C V : Déjà je fais mon travail au sein du Parlement Européen et j’essaye de bouger les lignes. C’est déjà bien (rires). Je mène des batailles au sein de ce parlement même si tout ce qui y est voté n’est pas mauvais. Je me bats aussi contre les états membres, car ce sont eux qui sont prêts à mettre de l’argent pour bloquer les frontières.

L’Europe a besoin des migrants. C’est un continent vieillissant, qui a des besoins démographiques. La France est un peu une exception en la matière. Mais la plupart des pays européens ont des taux de natalité dramatiques. Par ailleurs, les migrants occupent des postes dont les européens ne veulent pas. Je me bats pour que le monde de demain soit un monde où les gens pourront circuler librement. Plus les circulations seront fluides et moins il y aura de problèmes. Si on ferme les frontières, les gens qui viennent ne voudront plus repartir, car ils auront peur de ne plus pouvoir revenir. C’est un cercle infernal.

Marie Hélène SYLVA

#theafronomist pour CHOCOLATE Magazine

À lire :

Faut-il avoir peur des migrants ?

Interview Geneviève GARRIGOS, Présidente d’Amnesty International France

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