Journée de l’enfant africain : stop au mariage précoce

journee de lenfant africainAujourd’hui, c’est la journée de l’enfant africain. Célébrée en Afrique le 16 juin de chaque année, cette journée est présentée par l’Union Africaine comme « un moment opportun pour faire le point sur les progrès accomplis et les défis existants pour assurer la pleine réalisation des droits des enfants en Afrique ». Le thème de la JEA 2015, « Éliminer le mariages des enfants en Afrique » est l’occasion de rendre visibles les conséquences du mariage précoce, un frein à l’épanouissement des enfants et au développement du continent.

Le 16 juin 1976, des milliers d’élèves de Soweto (Afrique du Sud) manifestent contre la qualité inférieure de leur éducation et la décision du gouvernement de l’Apartheid d’imposer l’Afrikaans comme langue d’enseignement. Ces écoliers noirs bien décidés à combattre des mesures discriminatoires se heurtent aux forces de l’ordre qui tireront à balles réelles sur les jeunes manifestants. Depuis 1991, le 16 juin est célébré sur tout le continent africain en commémoration de ce massacre. C’est le Comité africain d’Experts sur les droits et le bien-être de l’enfant (CAEDBE) qui définit chaque année le thème de la JEA. La journée du 16 juin permet de réfléchir sur les actions à mener pour éradiquer les fléaux auxquels sont confrontés les enfants africains au quotidien. 2015 sera l’année de la réflexion sur le mariage précoce en Afrique. Ce problème de société s’invite de plus en plus dans les plans gouvernementaux mais constitue encore un frein au développement du continent.

L’Afrique, triste lauréate

Selon un article co-écrit par l’Archevêque Desmond Tutu (co-fondateur de l’organisation « Filles as Épouses ») et Nyaradzayi Gumbonzvanda (Ambassadrice de bonne volonté de l’Union africaine pour la campagne visant à mettre fin aux mariages précoces et forcés), « 40% des femmes en Afrique subsaharienne ont été mariées étant enfant et environ un quart de celles-ci avant l’âge de 15 ans ».

Parmi les 20 pays les plus touchés par le mariage précoce des filles, 15 se trouvent en Afrique. Le Niger arrive en tête de ce triste classement africain avec 76% de la population féminine entrée en ménage avant l’âge adulte. La république centrafricaine et le Tchad (tous deux 68%) talonnent les nigériens. La pauvreté et la tradition sont les principales motivations du mariage précoce. Les filles bénéficient, en outre, d’une faible valeur sociale dans les pays du tiers-monde car souvent considérées comme un fardeau pour leur famille. De plus, pour éviter des « dérives sexuelles », les familles préfèrent marier leurs enfants et leur assurer une stabilité sociale. Mais les mariages précoces sont souvent le théâtre d’agressions sexuels et de violences domestiques. Et les grossesses et les accouchements infantiles sont les premières causes de décès chez les filles âgées de 15 à 19 ans, selon l’OMS.

Le mariage précoce, préjudice économique pour l’Afrique

« Marier son enfant signifie une bouche en moins à nourrir », explique Jihane Latrous, spécialiste de la protection des enfants à l’Unicef. Ce sont souvent des raisons économiques qui poussent les parents à marier leurs enfants jeunes. Mais, du fait que très peu de filles restent à l’école après leur mariage et ou après leur grossesse, les conséquences économiques du mariage précoce vont au delà du cercle familial. Une jeune fille peu ou pas instruite aura moins de compétences pour trouver un bon emploi. Cela représente, pour les gouvernements africains, un manque à gagner conséquent sur les revenus qu’aurait pu percevoir une fille avec un parcours scolaire décent si elle n’avait pas été mariée trop tôt. C’est un énorme gaspillage de capital humain pour un pays.

D’après un rapport de l’organisation « Filles pas Épouses », publié en 2015, « les taux élevés de mariages d’enfants associés à une croissance démographique rapide pourraient avoir des conséquences dévastatrices pour le développement de l’Afrique ».

Si cette pratique est en recul depuis plusieurs décennies, le nombre de filles mariées pendant leur enfance pourrait, lui, rester stable (à plus de 700 millions) jusqu’en 2050, du fait de la croissance démographique. Il est donc urgent d’agir pour enrayer le mariage précoce et assurer aux enfants africains, et au continent par la même, un avenir radieux.

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1Je suis une journaliste optimiste mais réaliste, une fille normale qui rêve d'une vie normale dans un monde pas si normal!! Ma vision de l'Afrique tranche avec le regard excessivement sombre que montrent les médias internationaux et je veux le faire savoir. Sénégalaise d’origine, strasbourgeoise et parisienne de cœur, globe-trotter dans l'âme, j’ai la phobie des esprits étriqués et des espaces limités. Je suis une afronomiste.

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