Geneviève GARRIGOS, la militante au grand cœur

Geneviève GARRIGOS se confie sur son combat pour la prise en compte des droits des réfugiés

Geneviève GARRIGOS présidente d’Amnesty International

Geneviève GARRIGOS est la Présidente d’Amnesty International France depuis 7 ans maintenant. Elle se bat pour promouvoir les droits humains et nous livre aujourd’hui son expérience dans le combat pour la prise en compte des droits des réfugiés.

The Afronomist : Faut-il avoir peur des migrants ?

Geneviève GARRIGOS : Cette peur viendrait plutôt d’une crainte liée aux valeurs. Les populations se sentent menacées dans leur identité et leur mode de vie. Mais ce ne sont pas quelques milliers de personnes qui feront vaciller une culture bien ancrée qui a résisté au temps. Un des points extrêmement perturbants, c’est que nous sommes tous d’accord pour reconnaître que les droits humains sont universels et que ces droits s’appliquent à tous à travers la planète. Mais nous sommes prompts à demander aux gouvernements des pays en Afrique, au Moyen Orient, ou encore en Asie de les respecter. En revanche, quand il nous revient à nous de les respecter vis-à-vis de leurs populations, tout d’un coup ces droits perdent de leur universalité. Nous avons le devoir de donner l’asile aux personnes qui le demandent. En refusant d’accueillir ces personnes, non seulement ce sont des valeurs de l’UE (solidarité, protection…) qui sont menacées mais on mettra à mal la question même de l’universalité des droits et c’est extrêmement grave.

Quelles sont les actions que vous menez à travers Amnesty International sur la question des migrants ? Et comment l’Europe peut-elle sortir de cette crise ?

G. G : Amnesty International est engagée sur ces questions depuis très longtemps. La première de nos actions consiste à envoyer des personnes là où arrivent les migrants pour suivre la situation, dénoncer les abus et les violations des droits et les conditions parfois inhumaines dans lesquelles sont accueillies les réfugiés. Nous faisons des plaidoyers au niveau de l’UE pour qu’elle change fondamentalement de politique et qu’elle adopte enfin une politique d’asile harmonisée et respectueuse des droits. Nous avons également sur notre site une pétition pour que la France accorde des visas aux réfugiés. Sur le terrain, nous nous mobilisons pour aider les personnes qui arrivent en les aidant à identifier leurs droits et faire leurs demandes de régularisation, nous les accompagnons en préfecture ou ailleurs pour qu’ils ne soient pas seuls.

Depuis quelques années, on nous martèle le même message. On parle de fermeture des frontières et de lutte contre les réseaux de passeurs. On nous dit : « Soyons humains, mais fermons les frontières sinon ça risque de faire un appel d’air ». Déjà l’expression « appel d’air » est épouvantable. On ne fait pas d’appel d’air quand en face, il y a des personnes qui fuient pour sauver leur vie. Ce qu’il faut dire aux populations, c’est que ces personnes ne sont pas attirées mais poussées par des bombardements, par la torture etc. Et le fait de renforcer les contrôles ne fera que consolider les réseaux de passeurs. C’est mécanique. Les réfugiés qui fuient des conditions inhumaines se sentent acculées et donc prêtes à prendre tous les risques. C’est là que les passeurs entrent en jeu en exigeant des sommes folles à ces personnes désespérées. Au delà de l’accueil qui doit être mis en place et des conditions humaines qui doivent être offertes, ce qu’il faut pour combattre tout cela, c’est de mettre en place des accès sécurisés pour que les réfugiés puissent rejoindre l’UE sans avoir à utiliser d’autres moyens. On s’est tous ému du drame du petit Aylan. Mais d’un autre côté, si la famille d’Aylan avait obtenu le visa nécessaire pour se rendre au Canada, ils n’auraient jamais pris une embarcation de passeurs. Quoi qu’il arrive, les gens continueront de fuir la guerre.

Que pensez des critiques de Marine Le Pen à propos du tweet de bienvenue d’Anne Hidalgo ?

G. G : C’est exactement le type de propos inadmissibles. Nous savons que ces réfugiés viennent en majorité de pays musulmans et arabophones. Est-ce que nous ne pouvons pas accueillir les gens dans leur langue ? Est ce que la question se poserait de la même façon s’ils venaient, comme cela a été le cas dans les années 70, d’Amérique latine ? Ou encore du Portugal, de la Grèce, justement au moment des dictatures au sein même de l’Union Européenne ? Là on voit bien qu’il y a une discrimination très grave. On ne peut pas décider de sauver les gens en fonction de leur origine ou de leur religion. Je trouve que Anne Hidalgo a très bien fait de les accueillir dans ces trois langues, des langues qu’ils comprennent. Accueillir, c’est aussi pouvoir communiquer. Tout propos qui instrumentaliserait cela irait dans le mauvais sens.

Rencontrez-vous dans votre travail des villes qui souhaitent, et parfois réussissent, l’intégration des réfugiés ?

G. G : Il y a partout des villes qui intègrent des réfugiés. Moi j’en ai rencontré absolument partout. Ces personnes s’intègrent, d’ailleurs, parfaitement parce qu’ils viennent souvent rejoindre des communautés, ou leur famille, ou encore des connaissances. Ils sont donc complètement pris en charge. De plus, ils ont souvent une volonté extraordinaire de s’intégrer. Contrairement à ce qu’on nous dit, ils ne viennent pas profiter du système mais plutôt pour reconstruire leur vie. Il y a de la place, on peut les accueillir.

Marie Hélène SYLVA

#Theafronomist pour CHOCOLATE Magazine

À lire :

Faut-il avoir peur des migrants ?

Interview de Marie-Christine VERGIAT

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2 Commentaires

  1. Guillemin Claude Guillemin Claude
    3 novembre 2015    

    En refusant de pénaliser les clients de la prostitution, Amnesty favorise le trafic des gamines africaines vers la prostitution en Europe. Une petite Nigériane se « vend » entre 7.000 et 14.000 € sur le marché des maquereaux, parce qu’elle va rapporter beaucoup plus en subissant la violence de « mâles » sans scrupule. Impensable de défendre les droits de l’homme et de laisser ces jeunes femmes punies par la loi française (racolage), pendant que ceux qui leur causent les pires sévices agissent impunément. Pendant ce temps, une responsable de ONUSIDA est condamnée pour proxénétisme…

    • 3 novembre 2015    

      Merci pour ta contribution. L’objet d’une future enquête !!!

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1Je suis une journaliste optimiste mais réaliste, une fille normale qui rêve d'une vie normale dans un monde pas si normal!! Ma vision de l'Afrique tranche avec le regard excessivement sombre que montrent les médias internationaux et je veux le faire savoir. Sénégalaise d’origine, strasbourgeoise et parisienne de cœur, globe-trotter dans l'âme, j’ai la phobie des esprits étriqués et des espaces limités. Je suis une afronomiste.

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