Burundi : Résistance pays bien aimé (2/3)

Texte de Nestor Bidadanure sur la crise et la résistance burundaises Contribution de Nestor Bidadanure, journaliste, écrivain, philosophe burundais

LA RÉSISTANCE BURUNDAISE

Durant les trois mois de manifestations, le peuple burundais a surpris le monde par sa maturité et sa retenue. Il n’a pas cédé aux pillages et à la violence aveugle contre les policiers et les miliciens qui, pourtant, n’ont cessé d’attaquer les manifestants. Les quelques dérapages constatés contre les partisans du pouvoir ont vite été dénoncés par les opposants.

« Vous avez le droit de vous défendre, disaient les leaders de la société civile, mais jamais celui de malmener les gens fussent-ils les pires criminels ».

Résister sans ressembler de près ou de loin aux oppresseurs, telle fut et doit rester la consigne de la résistance burundaise : un véritable combattant de la liberté n’oublie jamais que l’objectif ultime de son combat est la libération de l’opprimé et de l’oppresseur. Le pouvoir qui cherchait un prétexte pour justifier la répression des manifestants s’est retrouvé face à un peuple déterminé et discipliné. Alors que la lutte se poursuivait, des solidarités multiformes furent organisées par des citoyens envers les blessés et les plus pauvres. Le « prends soin de toi » est devenu « prenons soin les uns des autres ». Parallèlement le monde découvrait avec stupéfaction une police qui tirait à balle réelle sur un peuple non armé. Deux questions hantèrent alors les esprits : d’où venait une telle haine des forces de police envers le peuple qu’elles étaient sensées protéger ? Et comment éviter au peuple le choix des armes face à un État dont la violence contre les citoyens paraît sans limite ? La réponse à la première question est venue des informations divulguées par les proches du pouvoir qui ont préféré l’exil à la conspiration contre leur peuple. On apprendra que le pouvoir a infiltré dans la police burundaise des miliciens extrémistes issus de la jeunesse du parti au pouvoir, les « imbonerakure » ; que ces miliciens ont été formés clandestinement par les forces génocidaires rwandaises, FDLR, Forces démocratiques de libération du Rwanda, basées dans l’Est du Congo.

Plus stupéfiant, des éléments de ces forces extrémistes étaient présents dans la police burundaise. Comme il fallait s’y attendre, celles-ci n’hésitaient pas à tirer sur un peuple sans arme. La collusion entre le pouvoir dictatorial burundais et les forces extrémistes rwandaises n’est pas un hasard. Il relève d’une connivence idéologique avec les radicaux du parti au pouvoir, le CNDD-FDD (Conseil National de Défense de la Démocratie- Forces de Défense de la Démocratie). Depuis le début des manifestations populaires contre la violation de la Constitution et pour le respect des droits humains, les radicaux du CNDD-FDD ont essayé d’ « ethniciser » le conflit politique au Burundi, sans succès puisque le peuple leur a opposé un refus sans appel. Le piège ethnique a tellement fauché de vies dans l’histoire burundaise et de l’Afrique qu’il faut une dose particulièrement élevée d’aveuglement pour oser encore emprunter un chemin qui mène droit dans le gouffre. Alors que le pouvoir cherchait des marionnettes hutu et tutsi à manipuler, il a trouvé face à lui un peuple uni comme un roc. Un peuple lucide qui lutte pour le respect des lois et des droits humains. Un peuple qui sait désormais que la grandeur d’un être humain se mesure à sa capacité à défendre la justice et à construire la prospérité au sein de la communauté humaine et non aux hasards de naissance.

Le piège ethnique a tellement fauché de vies dans l’histoire burundaise et de l’Afrique qu’il faut une dose particulièrement élevée d’aveuglement pour oser encore emprunter ce chemin.

La société civile, les partis d’opposition, les confessions religieuses, les anciens chefs d’États, d’éminents hauts fonctionnaires de l’État, sans oublier une partie des membres du parti au pouvoir, ont tous dit NON à la tyrannie dans leur pays. Vivre debout et jamais à genou tel est le credo d’un peuple insurgé contre la barbarie. Se moquant des mises en garde de la communauté Est-Africaine, de l’UA, de l’ONU de l’UE, des USA…, le pouvoir de Nkurunziza a organisé une mascarade d’élection en l’absence de toute opposition crédible créant ainsi un obstacle de plus au dialogue. Dans un contexte où la lutte non-violente a été réprimée par une spectaculaire violence de l’État, où les dirigeants des manifestations pacifiques qui n’ont pas été assassinés ont été poussés à l’exil ou croupissent dans des prisons sinistres, on ne s’étonnera pas si la résistance armée émerge demain comme le dernier recours de survie d’un peuple en danger. Des hautes collines aux forêts, des vallées aux plaines en passant par les quartiers populaires, la colère gronde au Burundi. Les lèvres murmurent un mot : liberté. Liberté pour les prisonniers politiques, liberté contre le harcèlement et les assassinats des citoyens par la police et les miliciens du pouvoir. Liberté contre les tortures, la faim et la corruption mais aussi pour la vérité ! La vérité sur les responsables des crimes contre l’humanité au Burundi, la vérité sur les disparus. Par sa cruauté, le pouvoir voulait fabriquer un peuple de soumis et il a au final un peuple rebelle.

Frère dans la douleur et frère dans l’espérance telle est la culture sociale qui est en train d’émerger au sein du peuple burundais au fur et à mesure que la résistance se renforce. Chacun apprend à mettre de côté la suffisance pour épouser l’humilité. Car l’arrogance, les sectarismes et les vieilles rancœurs sont des ennemis de l’espérance : ils ne peuvent mener à la délivrance nationale. L’esprit de courage et d’invincibilité dans la défense du bien commun souffle sur le Burundi. Les résistants burundais sont au sein du peuple, dans l’armée, dans la police et peut-être même au sein des cercles du pouvoir. Il y a au Burundi, comme ailleurs dans le monde, des hommes et des femmes d’honneur qui ne vendront à aucun prix la dignité de leur peuple. Prenant exemple sur les peuples qui ont lutté contre les différentes versions du fascisme dans le monde, le peuple burundais s’organise et résiste. Dans l’ombre, des héros anonymes sont à l’œuvre. Face à la prise en otage de tout un peuple, le rêve le plus intime de tout être humain épris de liberté et de dignité est de voir son pays libéré. Tel est aussi le rêve et le sens de la lutte du peuple burundais.

Par Nestor BIDADANURE

Lire aussi :

Résistance pays bien aimé (1/3)

Résistance pays bien aimé (3/3)

Articles similaires
  • 2017 : Trump, l’ère « Post-vérité » et l’Afri... Cet article est une version adaptée de la chronique publiée par l’auteur dans le numéro de Janvier 2017 (numéro 79) du magazine panafricain MATALANA Le Temps de l’Afrique. Post-vérité : les émotions contre les faits objectifs « Post-vérité » (« Post-truth » en anglais ), est LE mot de l’année 2016 selon le célèbre Dictionnaire d’Oxford – Oxford Dictionary. Voilà [...]
  • Afrique noire, Barack OBAMA, démocratie et « régénération... Ce texte est une version adaptée de la chronique publiée par l’auteur dans le magazine panafricain « MATALANA Le Temps de l’Afrique » en novembre 2016. Bouclée le 1er novembre 2016, cette chronique fait (heureusement !) l’économie de l’incertitude liée au coup de théâtre opéré par le patron du FBI avec l’affaire des e-mails d’Hillary Clinton, juste avant [...]
  • Ouganda : Le premier bus solaire d’Afrique est en r... Le Président ougandais Yoweri Museveni a officiellement procédé au lancement, le 16 février dernier, de Kayoola, un prototype de bus à énergie solaire, le premier en Afrique. Avant, dans nos villages, nous utilisions déjà l’énergie solaire et le biogaz. – Yoweri Museveni Click To Tweet Nous vous parlions dans cet article de constructeurs automobiles africains [...]
  • AFRIQUE 2016 : Souveraineté et questions de Politique Éco... Contribution de l’économiste Noel M. Ndoba Ce texte est une version adaptée de la chronique « La mondialisation et ‘Nous’ » publiée dans le magazine panafricain Matalana dans le numéro de janvier 2016. Lire la 1ère partie ici « En 2016, la monnaie chinoise, le yuan sera davantage présente en Afrique » – Noel M. Ndoba Click To Tweet [...]
  • Burundi : Résistance pays bien aimé (3/3) Contribution de Nestor Bidadanure, journaliste, écrivain, philosophe burundais LA LIBÉRATION DU BURUNDI Mère, c’est promis ! nous traverserons la nuit pour un pays de tous les humains. Click To Tweet Si les anciennes générations de Burundais avaient été dominées par la peur, ils n’auraient pas vaincu les esclavagistes. De même, le Burundi ne serait pas [...]

Aucun commentaire jusqu'à présent.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Où sortir ce mois-ci

novembre

Pas encore d'événement

Qui suis-je

1Je suis une journaliste optimiste mais réaliste, une fille normale qui rêve d'une vie normale dans un monde pas si normal!! Ma vision de l'Afrique tranche avec le regard excessivement sombre que montrent les médias internationaux et je veux le faire savoir. Sénégalaise d’origine, strasbourgeoise et parisienne de cœur, globe-trotter dans l'âme, j’ai la phobie des esprits étriqués et des espaces limités. Je suis une afronomiste.

Mes gazouillis

L’optimisme, ça se like…

Newsletter

Envie de contenus exclusifs ? Abonnez-vous à la newsletter pour ne rien rater des infos optimistes et objectives sur l'Afrique.