(2/2) Automobile : L’Afrique au chevet du marché mondial

L'afrique au chevet du marché automobile mondial

Je vous invite à lire la première partie ici

L’Afrique n’est pas encore un eldorado, loin de là, mais son marché local est très prometteur comparé aux marchés européen, japonais ou encore américain qui arrivent à saturation. Selon le distributeur automobile CFAO, le secteur automobile en Afrique subsaharienne va connaître une croissance de 6% par an. De quoi attiser les convoitises de grands constructeurs, comme Toyota qui a annoncé son intention d’agrandir son usine d’assemblage de bus au Kenya active depuis 2013… Lire la suite de l’intro


Essor de la classe moyenne

Une étude de Mc Kinsey en 2010 démontre que « plus de la moitié des ménages africains disposeront d’un pouvoir d’achat discrétionnaire d’ici 2020 ». L’Afrique compte aujourd’hui près de 40% de citadins, un pourcentage supérieur à celui de l’Inde et proche de celui de la Chine. Plus le nombre d’africains ayant des emplois urbains augmente, plus leurs revenus suivent la même tendance. En 2008, 85 millions de ménages africains avaient une revenu d’au moins 5.000 dollars (en Parité de Pouvoir d’Achat), seuil à partir duquel un marché de l’automobile neuf peut émerger. Les constructeurs ne s’y trompent pas. En 2011, la Banque Africaine de développement (BAD), identifiait 300 millions d’africains faisant partie de la classe moyenne mais aussi des strates de populations très aisées de plus en plus nombreuses. Cette nouvelle classe de consommateurs est amenée à croître de manière exponentielle dans les années à venir portée par un contexte de croissance soutenue de l’économie africaine. Elle est source de nombreuses opportunités d’affaires dans le secteur automobile. Bernard Cambier, patron de la zone Moyen-Orient de Renault, se met à rêver d’une expansion de la marque en Afrique.

« Nous avons vendu près de 200.000 véhicules en 2014 sur le continent. Pour 2020, nous visons les 370.000 unités et nous devrions approcher les 500.000 unités dans dix ans », indique t-il.

Le groupe ambitionne de passer de 11,5% de part de marché à 17,5% d’ici 2020. Le constructeur allemand Porshe, implanté depuis des décennies en Afrique du Sud, déclare y réaliser une progression de son chiffre d’affaires de 40% par an ces deux dernières années. La marque de luxe s’est récemment confrontée aux marchés angolais, ghanéen et nigérian où elle dispose d’un showroom à Victoria Island, quartier chic de Lagos.


Investissement croissant dans les infrastructures :

Le cas de l’Afrique du Sud

La Banque Africaine de Développement (BAD) a investi 28 milliards de dollars dans les infrastructures au cours des dix dernières années en Afrique. L’étude « Africa construction trends » du cabinet Deloitte, publiée le 10 mars, révèle que l’investissement des gouvernements africains dans les infrastructures locales est passé de 7% en 2013 à 22 % en 2014. Près de 40% des investissements totaux (325 milliards de dollars en 2014) vont au secteur des Transports.

Le cas de l’Afrique du Sud est très édifiant. Le pays détient près d’un quart du parc automobile africain. Le modèle d’urbanisation de l’Afrique du Sud, n’accordant qu’une place secondaire à la centralité, engendre un phénomène de répartition urbaine propice au développement de la motorisation pour les classes les plus favorisées. Le pays, qui connaît depuis longtemps un développement exceptionnel de ses réseaux routiers, reste le premier producteur d’automobiles du continent. La capacité de fabrication des ses usines a atteint 610.000 véhicules en 2013, dont 336.000 unités exportées.

En 1995, le gouvernement sud-africain a mis en place un programme de soutien à l’industrie automobile qui octroie des allègements fiscaux aux industriels exportant au moins un tiers de leur production. Depuis, l’Afrique du Sud connaît une croissance de 40% de sa production automobile et approvisionne de nombreux pays africains mais aussi les marchés européens, en particulier le Royaume-Uni.


Entre protectionnisme et incitation au Nigeria

Le potentiel nigérian n’a pas échappé aux marques internationales. Pour relancer son industrie automobile laissé en friche depuis plusieurs années, le gouvernement nigérian a mis sur pied un plan de développement, le National Automotive Industry Development Plan. Ce modèle vise à attirer les constructeurs mondiaux comme Nissan qui va y faire assembler 45 000 Patrol. Le constructeur a signé un accord dès 2013 avec le conglomérat Stallion Group pour le montage de véhicules près de Lagos. Dans le cadre du plan gouvernemental qui durera jusqu’en 2024, le Nigéria a relevé à 70% ses frais de douane sur l’importation de voitures, contre 20% auparavant. Dans le même temps, les taxes à l’importation de pièces destinées à être assemblées localement ont été réduites. Les industriels qui produisent sur place bénéficient d’une baisse des droits de douanes pour l’importation de véhicules en attendant de produire à une cadence suffisante.

Le japonais Toyota a ainsi confirmé son projet d’usine d’assemblage près de Lagos. Quant à Peugeot, c’est avec PAN Nigeria Limited que le constructeur a signé un accord en vue d’assembler et de commercialiser des véhicules au Nigéria.

« Si le gouvernement nigérian parvient à limiter les importations de véhicules d’occasion vétustes, le marché peut doubler ou tripler, et une usine d’assemblage prend alors son sens », indiquait l’ancien directeur Afrique-Euromed de Renault Jean-Christophe KUGLER, à Jeune Afrique.

Entre incitation et mesures protectionnistes, le Nigéria ambitionne, à terme, de dépasser le stade d’ « usine tournevis » assemblant des kits chinois, indiens ou européens. « Le Nigeria et le Bangladesh sont les seuls pays dans le top 10 mondial par leur population qui ne disposent pas d’une industrie automobile développée. Avec notre population (et une classe moyenne en progression représentant 38 millions de personnes) et notre économie actuelle, notre marché automobile potentiel est d’environ un million de véhicules par an. Ceci est plus que suffisant pour soutenir une industrie automobile », explique le gouvernement nigérian dans un document officiel. C’est ainsi que l’homme d’affaires nigérian Innocent Chukwuma est devenu le premier fabricant de cyclomoteurs et de véhicules 100% « Made In Nigeria ». Commercialisés sous la marque IVM, ses véhicules concurrencent Toyota, Tata ou encore Honda.

Avec plus de 170 millions d’habitants et une économie performante, le Nigeria s’impose comme un relais de croissance à l’échelle continental pour les marques internationales d’automobiles. De par sa localisation, la première économie d’Afrique pourrait offrir aux constructeurs un fort potentiel d’exportations régionales en Afrique centrale et de l’ouest.


Première partie :

Automobile : L’Afrique au chevet du marché mondial (1/2)

En savoir plus :

Ces voitures 100% africaines à l’assaut du marché local

#TheAfronomist


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1Je suis une journaliste optimiste mais réaliste, une fille normale qui rêve d'une vie normale dans un monde pas si normal!! Ma vision de l'Afrique tranche avec le regard excessivement sombre que montrent les médias internationaux et je veux le faire savoir. Sénégalaise d’origine, strasbourgeoise et parisienne de cœur, globe-trotter dans l'âme, j’ai la phobie des esprits étriqués et des espaces limités. Je suis une afronomiste.

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