Afrique noire, Barack OBAMA, démocratie et « régénération »

Ce texte est une version adaptée de la chronique publiée par l’auteur dans le magazine panafricain « MATALANA Le Temps de l’Afrique » en novembre 2016.
Afrique noire, Barack OBAMA, démocratie et « régénération »

Afrique noire, Barack OBAMA, démocratie et « régénération »

Bouclée le 1er novembre 2016, cette chronique fait (heureusement !) l’économie de l’incertitude liée au coup de théâtre opéré par le patron du FBI avec l’affaire des e-mails d’Hillary Clinton, juste avant l’élection présidentielle du 8 novembre 2016 aux Etats-Unis d’Amérique. Il est vrai que cet épisode a rendu encore plus « sale » une campagne électorale opposant violemment les deux candidats perçus par les grands médias américains comme les plus « mal aimés » de l’histoire politique « étasunienne ». Une campagne considérée par la presse du reste du monde comme indigne de cette nation qui est l’ « hyperpuisssance »- au sens du Français Hubert Vedrine – depuis la fin de la Guerre Froide. Le fait est qu’à partir du 8 novembre 2016 les historiens nous expliqueront comment nous sommes, ou ne sommes pas, maintenant en l’An 476, c’est-à-dire l’année du début du commencement de la fin de l’Empire Romain, « l’hyperpuissance » de l’Antiquité.

OBAMA : le « Yes we can » comme identité en soi

Il est une autre perspective qui préoccupe certains lecteurs en voyant avec quel « White American » le tout premier « African American» Président des Etats Unis, Barack Obama, devra faire sa passation de pouvoir en janvier 2017. En tant que 43ème et 44ème Président de la République celui-ci aura donc laissé un bilan au 45ème et surtout un bilan et des perspectives qui ne manqueront pas de hanter les racistes et les suprêmacistes enivrés par la campagne du candidat Donald Trump. Celui-ci dont les adversaires ne manquent pas de rappeler qu’il avait un grand-père dans les rangs du Ku Klux Klan.

On le sait, alors que l’identité des êtres humains est d’abord celle de leur classe sociale selon la pensée économique née avec la science économique à travers ce monument que reste La Richesse des Nations depuis sa publication par l’Ecossais Adam Smith en 1776, année de l’Indépendance des Etats-Unis, aujourd’hui, étrangement, nous vivons une période où la question de l’identité est cardinale sous des aspects qui ont toujours été à l’origine de grandes catastrophes (couleur de la peau ou race, nationalité, religion, origine géographique des « migrants », ethnie, genre, etc). Dans un tel contexte, sans aucun doute, le départ du Président Obama évoquera dans l’Histoire la fin d’une séquence vécue du I have a dream de Martin Luther King : la fin de la présence d’une famille présidentielle de « Noirs » à la Maison Blanche de 2008 à 2016. Quoi qu’il en soit, parmi toutes les questions intéressantes qui se posent dès lors, la suivante, qui est pourtant générale, est incontournable : Après la présidence, comment le Prix Nobel de la Paix que restera Obama, ce jeune qui aura à peine 56 ans le 4 août 2017, pourra-t-il régénérer  le « Yes, we can ! » c’est—à-dire faire  « renaître » cet élan qui était comme un mouvement international ou une tendance mondialisée visant l’ invention d’ une nouvelle identité, au-delà de la question de la « race » ? 

Le « Yes, we can ! »[Oui, nous pouvons !] comme identité en soi.

Du côté des Africains d’Afrique, cette question générale incontournable appellera des réponses dans au moins deux domaines par rapport auxquels les huit années de Présidence Obama n’auront eu qu’un impact bien en deçà des attentes des élites progressistes et des peuples. Et dire que ces deux domaines concernent une thématique que le Président Obama a rendu proverbiale : celle des  institutions.

Le premier domaine est celui des institutions de la démocratie, tout au moins sous l’angle de l’alternance politique démocratique. Très précisément en Afrique au sud du Sahara, l’Afrique Noire où Barack Obama, en tant que Président, a «obtenu » le départ de Blaise Compaoré en octobre 2014 à Ouagadougou mais pas celui de Denis Sassou Nguesso en octobre 2015 ou en mars 2016 à Brazzaville. On ne cite ici que les deux exemples de chefs d’Etat qui, à l’occasion du tout premier Sommet des chefs d’Etat Afrique/Etats-Unis, en août 2014 à la Maison Blanche, avaient ouvertement et publiquement exprimé leur hostilité au projet du « Non au troisième mandat », autrement dit, à la thèse du respect impératif de la règle constitutionnelle de la limitation à deux mandats successifs pour tout Président de la République. Il convient aussi de citer Paul Kagamé du Rwanda et Nkurunjiza du Burundi, lesquels, chacun à sa manière et tous deux en violant la Constitution, avancent dans le projet de « Président à vie »…malgré l’hostilité des Etats-Unis sous la Présidence Obama et au nom de la sacro-sainte « souveraineté ». Mais, ne l’avions nous pas prévu dans notre chronique de janvier 2016 au seuil de cette année « super électorale » ? ( Matalana, numéro 72). Et pourtant pour imposer des sanctions à Sassou, Kagamé et Nkurunjiza, en l’occurrence, la puissance dominante du Conseil de Sécurité de l’Organisation des Nations Unies ne pouvait affronter qu’un obstacle possible : le veto de la Russie ou de la Chine. Parallèlement, quand on sait que l’essentiel des promesses non tenues du Président Obama en politique intérieure s’explique objectivement par les divers obstacles créés par la majorité constituée par ses adversaires dans les deux chambres du Parlement américain après les deux premières années de son premier mandat, on pourrait approfondir cette question de l’échec du plus illustre des disciples de Nelson Mandela face au « projet  de Président à vie et de dynastie ». En vérité la réponse réside dans le conseil suivant que la chancellerie des Etats-Unis a répété à Brazzaville comme à Kinshasa en disant :

N’est-ce pas alors, pour Obama, pendant et après l’exercice de ses fonctions de Président, la meilleure manière d’inviter les Africains à « régénérer » le « Yes, we can ! » ?

Le deuxième domaine est celui de la dynamique du panafricanisme. En la matière, le bilan du Président Obama ne semble pas à la hauteur de ce que fut le « rêve » de son propre père, l’économètre kényan Obama qui portait dans les années 1950 et 1960 le message du panafricanisme partagé par Nkwamé Nkrumah. Mais, d’abord, comment interpréter le fait qu’en août 2015, au deuxième Sommet   Afrique/Etats-Unis que le Président Obama co-organise avec l’Union Africaine à Addis-Abeba, la plupart des chefs d’Etat choisit de faire la politique de la chaise vide ? On devrait, certes, noter que le discours prononcé par Barack Obama à cette occasion devrait figurer dans une bonne anthologie du panafricanisme. Mais, la Commission de l’Union Africaine est-elle, statutairement ou institutionnellement en capacité d’avancer plus vite et mieux dans une voie d’intégration régionale qui tranche entre les deux options suivantes :d’un côté, l’option panafricaine d’une dynamique intergouvernementale telle qu’elle existe aujourd’hui suivant le modèle de l’Union Européenne et telle qu’elle se projette dans l’Agenda 2063 ; d’un autre côté, l’option panafricaniste d’une dynamique fédéraliste suivant le modèle des Etats-Unis d’Amérique, cette option pour laquelle militent des millions de jeunes mobilisés pour réaliser le rêve de Nkrumah , c’est-à-dire pour construire les « Etats-Unis d’Afrique » ?

Une chose est certaine : les élites et les peuples d’Afrique n’ont pas capté le « moment Obama » pour relancer le débat sur l’option « Etats-Unis d’Afrique ».

Il est également vrai que, pour sa part, l’auteur de cette chronique a apporté en 2009 et en 2012 une contribution dont l’un des points aurait pu permettre d’instituer un linkage entre, d’un côté, le renouvellement de l’AGOA ainsi que l’admission à cet accord, et d’un autre côté, les avancées vers les Etats-Unis d’Afrique avec un groupe de pays pionniers. Tant d’autres propositions ont été faites. Allons plus loin en posant l’hypothèse suivante : malgré ou à cause des choix déjà faits par l’Agenda 2063, les élites africaines ne font pas au peuple une offre en termes de « Yes, we can ! » en matière de panafricanisme. Dans le sens de cette hypothèse nous avons ouvert deux chantiers, avec deux projets présentés dans notre dernière chronique (Matalana, Mai 2016). Assurément, après la Maison Blanche, l’avocat Barack Obama, qui n’aura que 56 ans le 4 août 2017, s’intéressera à l’Afrique en tirant, par ailleurs d’autres leçons de son expérience d’ancien Président de la République. Surtout quand on sait que c’est à ce titre qu’il avait clairement expliqué dans son interview de 2015 au périodique Atlantic Magazine (mars 2016) comment le Premier britannique David Cameron et le Président Français Nicolas Sarkozy tenaient à la chute de Kadhafi pour satisfaire leurs propres intérêts. A ce sujet la presse française a bien commenté les propos du président Obama ainsi que l’ on peut le voir en consultant, par exemple, ce lien.

DE P.K. ISAKA SEME (NEW YORK 1906) AUX « ATELIERS DE LA PENSEE »(DAKAR 2016)

Barack Obama tout comme les jeunes élites et les peuples d’Afrique devraient être inspirés par l’exploration de l’itinéraire de Pixley Ka Isaka Seme, le tout premier avocat « black » sud africain Zoulou formé aux Etats- Unis et qui , le 4 avril 1906, fut le lauréat du concours d’éloquence à la Columbia University à New York. Né vers 1880 dans l’actuel Kwa –Zulu-Natal, ce jeune intellectuel visionnaire déclinait alors en 1906 une ambition qui est on ne peut plus actuelle pour les panafricanistes en 2016 : « La régénération de l’Afrique signifie qu’une nouvelle et unique civilisation devra bientôt s’ajouter au monde ». Et à l’aube de ce 20ème siècle qui sera celui de toutes les tragédies, Pixley K.I.Seme disait des paroles qui sont celles des leaders pro-démocratie et des combattants de la liberté de l’époque actuelle du 21ème siècle : « De ces hauteurs du 20ème siècle, je vous demande encore de fixer votre regard sur le sud du Désert du Sahara. Si vous pouviez aller avec moi aux Congos [les deux Congos] opprimés et demander que cela signifie-t-il, le fait que maintenant, pour la liberté, ils se battent comme des hommes et meurent comme des martyrs ; …. ». Car le message de Pixley K.I.Seme est celui qui avait éclairé Nelson Mandela et les autres avocats et intellectuels noirs sud africains des premières générations des responsables de l’African National Congress (ANC), le parti créé en 1912.

Ce message est aussi celui que le Président Thabo Mbeki a mis en avant avec la problématique de la « Renaissance Africaine ». Quand Pixley K.I. Seme parlait de « Régénération ». « J’ai choisi, à cette occasion, de vous parler de la Régénération de l’Afrique. Je suis un Africain et contre une opinion publique hostile j’affirme ma fierté d’appartenir à ma race ». C’était donc en 1906, bien avant le « I am Black and proud » du mouvement pour les Droits Civiques dans les années 1960, et bien avant le « Black matters » des années Obama contre les violences policières anti-Noirs aux Etats-Unis.

Remercions notre ami l’économiste Camerounais François Ndengwé, lequel est inlassablement soutenu par son épouse, la patronne de presse Samira. Il nous a fait découvrir le discours de Seme, un trésor retrouvé dans les archives de Columbia University. Lire le magazine Hommes d’Afrique (mai 2015, pp 34-37). Et si les organisateurs des « Ateliers de la pensée », du 28 au 31 octobre 2016 à Dakar, en l’occurrence l’historien Achille Mbembé et l’économiste Felwine Sarr s’avisaient de mettre en perspective, à l’avenir, le « cas Pixley Ka Isaka Seme » ?

Noël Magloire NDOBA bantuonline2009@gmail.com

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