AFRIQUE 2016 : Souveraineté et questions de Politique Économique (2/2)

le naira monnaie nigériane

Naira nigérian – crédit photo koaci.com

Contribution de l’économiste Noel M. Ndoba

Ce texte est une version adaptée de la chronique « La mondialisation et ‘Nous’ » publiée dans le magazine panafricain Matalana dans le numéro de janvier 2016.

Lire la 1ère partie ici

Deuxième problème : Arrive la guerre du dollar contre le yuan, que devient la « souveraineté » des monnaies nationales et quid du Franc CFA ?

En 2016, la monnaie chinoise, le yuan ou renminbi sera davantage présente en Afrique. Pas seulement en raison de la présence de la Chine comme premier partenaire économique du continent, les échanges entre celui-ci et celle-là ayant été multipliés par vingt en valeur monétaire, de 2000 à 2015. Il y a aussi le fait suivant : à partir de novembre 2016, ce sera une « monnaie de référence » des Droits de Tirage Spéciaux (DTS), autrement dit, la monnaie chinoise sera l’une des devises permettant de fixer la valeur de ces DTS que l’on considère comme la monnaie du Fonds Monétaire International (FMI).

En effet, un phénomène s’imposera probablement en 2016 : l’expansion locale de ce qui s’appellera peut-être un jour formellement : la « zone yuan ». On connaît les pays où la devise chinoise est déjà devenue « monnaie officielle » ou relève d’un système de compensation conformément à des accords bilatéraux dont on gagnerait à retenir au moins les dates : Afrique du Sud( juillet 2015 : compensation) ; Angola ( août 2015 : deuxième monnaie officielle) ; Nigeria (2011 : pourcentage de réserves de la banque centrale ) ; Zimbabwe (décembre 2015 : monnaie officielle en contrepartie de l’effacement d’une dette) ; Ghana ; Ile Maurice..

Le « casse-tête chinois » est évident pour les tenants de la « souveraineté monétaire », auxquels les deux questions suivantes s’imposeront.

Première question : comment, face au yuan et au dollar, assurer la stabilité de la valeur d’une monnaie nationale (symbole de souveraineté apparente), par exemple, le sili en Guinée ou le Franc congolais au Congo (Kinshasa) ?
Une deuxième question sera incontournable, en ce qui concerne la Zone Franc, cette zone de « l’argent CFA »-pour reprendre le titre de l’ouvrage d’Olivier Valée qu’il conviendrait de relire. La question est : comment être souverain quand on est un pays qui a le Franc CFA comme monnaie, ce qui signifie une parité fixe avec l’euro, alors que ce pays a la Chine au premier rang des importateurs, des exportateurs et des créanciers, d’après sa balance des paiements, sans compter les transactions informelles, et cela d’une année à l’autre ?  Le cas du Congo (Brazzaville) pourrait constituer ici un cas d’école…encore.

Ces deux dernières questions indiquent l’actualité brûlante du problème de la souveraineté monétaire, tout particulièrement pour des pays à monnaie nationale et dont les chefs d’État s’affichent en hérauts de la « souveraineté ». L’exemple le plus triste est celui du Zimbabwe en 2015, un pays dont le chef d’État a été le président en exercice de l’UA au cours de cette même année. Comment les jeunes peuvent-ils avancer dans le projet louable de « monnaie africaine » ? On le constate : la souveraineté monétaire est un problème qui se renouvelle aujourd’hui pour l’Afrique comme pour le reste du monde. Ainsi, surtout après la crise boursière de janvier 2015, la Chine va peut-être accélérer sa pénétration monétaire dans les pays africains tout en accroissant ses avoirs en dollars aux États-Unis. Car le dollar reste le maître du jeu. Aujourd’hui, plus qu’à l’époque où elle fut avancée, la formule du secrétaire américain au Trésor au début des années 1970 reste à méditer :

« Le dollar est notre devise, mais c’est votre problème ».

Quoi qu’il en soit, plus pour l’Afrique que pour le reste du monde, le problème de la « souveraineté politique » devient le premier chantier à renouveler si l’on veut obtenir une « bonne gouvernance » à travers des véritables politiques économiques. Ce qui est possible si, dans l’optique du « développement humain, on part de la Charte Africaine de la Démocratie, de la Gouvernance et des Élections. De ce point de vue, le triomphe du peuple burkinabé peut expliquer que les pays de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest connaissent des progrès permettant de rendre constitutionnel, partout le principe de la limitation du nombre de mandats. Reste l’Afrique centrale, un monde de « trous noirs » où la règle devient celle du « 18 Brumaire »… dans la tradition napoléonienne.

Une chose est sûre : les peuples souverains ne baisseront jamais longtemps les bras face aux diktats et aux dictatures, en tant que citoyens luttant pour la liberté. Surtout à partir des expériences du Burundi du prétendu « souverain » Nkurunjiza, celle du coup d’État au Congo sous la conduite du « souverain » « Sassou 2015 » (Roi) ou du  coup d’État au Rwanda suivant la tactique du « souverain » « Kagamé 2015 » (Roi). Des expériences qui créent les conditions de possibilité d’une vie politique allant de mal en pis : ce que certains spécialistes et quelques diplomates appellent maintenant la « tragédie dynastique ».

Bonne année 2016, pour le meilleur…. et contre le pire.

Noël M. NDOBA (bantuonline2009@gmail.com)

Lire 1ère partie ici :

Articles similaires
  • 2017 : Trump, l’ère « Post-vérité » et l’Afri... Cet article est une version adaptée de la chronique publiée par l’auteur dans le numéro de Janvier 2017 (numéro 79) du magazine panafricain MATALANA Le Temps de l’Afrique. Post-vérité : les émotions contre les faits objectifs « Post-vérité » (« Post-truth » en anglais ), est LE mot de l’année 2016 selon le célèbre Dictionnaire d’Oxford – Oxford Dictionary. Voilà [...]
  • Afrique noire, Barack OBAMA, démocratie et « régénération... Ce texte est une version adaptée de la chronique publiée par l’auteur dans le magazine panafricain « MATALANA Le Temps de l’Afrique » en novembre 2016. Bouclée le 1er novembre 2016, cette chronique fait (heureusement !) l’économie de l’incertitude liée au coup de théâtre opéré par le patron du FBI avec l’affaire des e-mails d’Hillary Clinton, juste avant [...]
  • « Afrique-continent noir » ⇔ « Afrique-trous noirs » ? (Article publié dans le magazine panafricain « MATALANA Le Temps de l’Afrique », numéro de Mai 2016). Par Noël M. NDOBA EN ATTENDANT 2028, DEUX INITIATIVES POUR 2017 ET 2018, VU LE DEMI-ECHEC DE 2016 Le constat s’impose : la question de savoir si l’Afrique « fait » l’Histoire ou non revient toujours d’une période critique à l’autre, par rapport [...]
  • LE FRANC CFA MOURRA : MAIS, COMMENT ET QUAND À la veille de la conférence semestrielle des Ministres des finances de la zone franc qui se tient à Yaoundé  le 9 avril 2016, le contexte actuel de crise internationale va, à l’évidence, marquer les débats et les résolutions de cette instance. Mais par dessus tout, la question des règles de gestion de la zone [...]
  • AFRIQUE 2016 : Souveraineté et questions de Politique Éco... Contribution de l’économiste Noel M. Ndoba Ce texte est une version adaptée de la chronique « La mondialisation et ‘Nous’ » publiée dans le magazine panafricain Matalana dans le numéro de janvier 2016. AFRIQUE 2016 : LA « SOUVERAINETE » ET DEUX NOUVEAUX PROBLÈMES COMMUNS DE LA POLITIQUE ECONOMIQUE De tous les problèmes prévisibles auxquels les pays africains devront faire [...]

Aucun commentaire jusqu'à présent.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Où sortir ce mois-ci

novembre

Pas encore d'événement

Qui suis-je

1Je suis une journaliste optimiste mais réaliste, une fille normale qui rêve d'une vie normale dans un monde pas si normal!! Ma vision de l'Afrique tranche avec le regard excessivement sombre que montrent les médias internationaux et je veux le faire savoir. Sénégalaise d’origine, strasbourgeoise et parisienne de cœur, globe-trotter dans l'âme, j’ai la phobie des esprits étriqués et des espaces limités. Je suis une afronomiste.

Mes gazouillis

L’optimisme, ça se like…

Newsletter

Envie de contenus exclusifs ? Abonnez-vous à la newsletter pour ne rien rater des infos optimistes et objectives sur l'Afrique.