AFRIQUE 2016 : Souveraineté et questions de Politique Économique (1/2)

Souveraineté et question de politique économique

Contribution de l’économiste Noel M. Ndoba

Ce texte est une version adaptée de la chronique « La mondialisation et ‘Nous’ » publiée dans le magazine panafricain Matalana dans le numéro de janvier 2016.

AFRIQUE 2016 : LA « SOUVERAINETE » ET DEUX NOUVEAUX PROBLÈMES COMMUNS DE LA POLITIQUE ECONOMIQUE

De tous les problèmes prévisibles auxquels les pays africains devront faire face en 2016, il y en aura deux qui seront nouveaux, par leur acuité politique, et communs, par leur transversalité géographique. Tous concernent la politique économique. Un domaine dont il est conseillé de toujours retenir la finalité que voici et que savait présenter agréablement, à son époque, l’un des deux Prix Nobel d’Economie de l’année 1974, le social-démocrate suédois Gunnar Myrdal, comme cela peut se voir dans l’un de ses ouvrages qui était destiné à influencer les décideurs des Etats –Unis d’Amérique (USA) de l’époque du Président John F. Kennedy- ce Président assassiné qui était issu du Parti Démocrate, comme on le sait, et dont la légende de jeune et de progressiste « à l’américaine » continuera d’inspirer des millions de jeunes africains en cette année électorale aux USA. Retenons donc ce qui suit en revenant au savant suédois : le progrès économique est le but poursuivi par des gouvernements appelés à mener « une politique économique plus attentive à la réalité et plus intelligente ». (Lire Challenge to Affluence [Défi à l’abondance], un livre paru en 1963 suite à des conférences données entre 1961 et 1963).

Le progrès économique est le but poursuivi par des gouvernements appelés à mener « une politique économique plus attentive à la réalité et plus intelligente ».

Quels sont donc ces deux problèmes qui seront nouveaux et communs, sous l’angle de la politique économique ? Etant entendu qu’à l’évidence, celle-ci n’est possible, dans la voie du progrès, que pour un gouvernement agissant au nom des institutions d’un Etat démocratique qui est souverain en matière politique et, d’une manière ou d’une autre, en matière de monnaie.

Premier problème : La limitation à deux mandats présidentiels successifs en République, « la Charte » et l’exemplarité de la Guinée (Conakry)

« Quand la Guinée s’éveillera…. l’Afrique gagnera » : en paraphrasant la célèbre formule de Napoléon qui fut reprise par l’économiste et homme d’État français Alain Peyrefitte avec son best-seller Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera ( Fayard, 1973 ), on met l’accent sur une réalité que les afro-pessimistes ne peuvent qu’ignorer et que les afro-optimistes évoquent bien souvent de manière anecdotique, autant dans la vie économique que dans la vie des institutions politiques. La réalité est qu’en économie, comme à l’époque où Samir Amin l’expliquait dans son ouvrage intitulé L’Afrique de l’Ouest bloquée. Économie politique de la colonisation 1880-1970 (Editions de Minuit, 1971), la Guinée est un pays d’Afrique de l’Ouest où existent toutes les conditions de possibilité d’un progrès économique accéléré que le continent pourrait gagner à diffuser à travers des effets d’entraînement. Ceux-ci que permettent l’électricité et l’agro-industrie, par exemple, les avantages comparatifs de la Guinée dans ces deux secteurs n’étant plus à montrer ou à démontrer. Autre exemple : la révolution numérique a plus de chances de s’enraciner dans le pays qui abrite les montagnes du Fouta Djalon et tant de fleuves et d’autres sources de ressources énergétiques à valoriser en plus de la mise à disposition de la fibre optique sur les côtes maritimes du Golfe de Guinée.

Nul doute que la Guinée pourra devenir un leader économique continental et pas seulement sous-régional, à côté de la Côte d’Ivoire, sans nécessairement reprendre le refrain de l’ « émergence » mais en utilisant les leviers du développement des capacités (capabilités) dans la voie initiée par le Prix Nobel d’Economie Amartya Sen, l’Indien et Britannique auteur de l’ouvrage intitulé Development as Freedom (paru en français sous le titre mal traduit Un nouveau modèle économique). En cela les ressources humaines resteront le capital le plus précieux.

Le possible leadership économique de la Guinée dépend avant tout du domaine dans lequel ce pays a plus de chances de devenir « un modèle pour l’Afrique qui gagne  dans les règles de l’art ». Et l’art, en l’occurrence, est « l’art du possible », autrement dit, la politique.

Au centre de tous les possibles, il y a ici, le Président de la République, Alpha Condé, qui, suite à sa réélection, a prêté serment le 15 décembre 2015 devant un Président de la Cour Constitutionnelle, Kélèfa Sall, dont l’honnêteté intellectuelle et le courage politique ont frappé l’opinion africaine lorsque, en substance, celui-ci a invité publiquement le Président réélu à ne pas suivre des chefs d’Etat qui, à l’instar du Congolais Denis Sassou Nguesso alors présent à la cérémonie, arrivent à « tripatouiller la Constitution » pour rester au pouvoir au-delà de leur deuxième et dernier mandat.

Pour diverses raisons, la Guinée peut constituer un exemple à suivre à travers le rôle que le Président Alpha Condé a les moyens de jouer par rapport à cette préoccupation qui, évidemment détermine les possibilités ou le manque de possibilités de la « bonne gouvernance » et partant, celles de la politique économique visant le progrès. Mais, comment le Président Condé peut-il montrer au reste de l’Afrique que la voie de Nelson Mandela est la sienne, celle du respect de la limitation à deux mandats présidentiels successifs en République, étant entendu que « Madiba » avait même préféré s’en tenir à un seul mandat de cinq ans ? On peut imaginer le leader guinéen faisant un grand discours historique sans ambages sur ce sujet parmi ses pairs, sûrement en 2020, l’année de son dernier mandat. On peut aussi croire que, par étapes, subtilement et avec l’adresse requise, il pourrait persuader certains de ses homologues. Par exemple, à l’occasion du dernier Sommet États-Unis/ Afrique que pourrait organiser le Président américain à Washington en juillet ou août 2016 sur le thème éventuel des « avantages et inconvénients  de la démocratie représentative ». Ou bien à l’occasion d’un prochain Sommet Chine- Afrique –après celui, peu convaincant, de Johanesburg en 2015, un prochain Sommet qui aurait plus ou moins explicitement un thème aussi anachronique que le suivant qui semble pourtant être celui que rêvent d’aborder de nombreux chefs d’Etat africains encore : « avantages et inconvénients de la démocratie sous le régime du parti-Etat ou du parti unique ».

Certes, les relations Afrique- Europe déclinent , au profit de celles que les Africains entretiennent avec d’autres puissances et notamment avec les États-Unis et la Chine- y compris dans le soft power (en gros les activités culturelles). Mais la meilleure chose que l’on puisse envisager est la suivante : qu’un chef d’État africain s’adresse à ses pairs dans le cadre des relations afro-africaines et dans le même esprit que le Président américain lors du tout dernier Sommet États-Unis/ Afrique au siège de l’Union Africaine, à Addis-Abeba en juillet 2015. Comme savait le faire Nelson Mandela. Et comme il devrait être possible que le Président Alpha Condé le fasse…. Le Professeur de Droit venu de Guinée pourrait le faire comme l’avocat qui venait d’Afrique du Sud et avec lequel, plus qu’avec l’avocat américain Obama, il aura eu en partage la détermination et la colère d’une jeunesse militante consacrée au panafricanisme.

Aujourd’hui, beaucoup mieux que nombre de ses pairs, le Président guinéen sait ce que signifie l’État de droit dans la logique du panafricanisme qui a été célébré du 26 au 28 novembre 2015 à Dakar par 150 jeunes blogueurs, branchés des réseaux sociaux et du numérique venus de 30 pays d’Afrique et du reste du monde dans le but d’assurer « une citoyenneté augmentée, une citoyenneté plus approfondie ». Ces jeunes qui s’appellent eux-mêmes les « #Africtivistes » et dont Youssou N’Dour a loué et chanté l’engagement à l’occasion de leur premier festival. Des questions seront posées où qu’il aille, à un homme de loi et homme d’État comme Alpha Condé et ce sera le fait de tels jeunes et de tous les autres sur le continent, ceux-là qui ont aujourd’hui la même énergie pro-panafricaniste ou pro-panafricaine qu’avait l’actuel président guinéen lorsqu’il était président de la Fédération des Étudiants d’Afrique Noire en France.

Exemple de question : et si la jeunesse africaine se révoltait contre les chefs d’État parce qu’ils prétendent défendre la souveraineté alors qu’ils violent la Charte Africaine de la Démocratie, de la Gouvernance et des Élections ? Cas d’école : cette charte est ignorée dans la fameuse Constitution imposée par un pseudo-référendum en 2015 au Congo (Brazzaville) alors que, comme chacun sait, Denis Sassou Nguesso était président en exercice de l’Union Africaine (UA)en 2007, au moment de l’adoption de ladite charte. Précision : le Congo a signé ladite charte mais ne l’a pas ratifiée, étant entendu qu’elle s’impose à tous les États membres de l’UA puisque, à ce jour la majorité qualifiée l’a effectivement ratifiée.
Autre exemple de question : Comment traiter les crimes de masse et probablement les crimes contre l’humanité ainsi que la destruction des forces productives qui résultent de la violation de cette charte par des chefs d’États dont le seul objectif est de demeurer président à vie ?

Plusieurs questions devraient se poser au sujet du Burundi, de la République Démocratique du Congo, du Rwanda, entre autres pays en « crise institutionnelle » ou au bord de ce type de crise qui rend impossible toute politique « plus attentive à la réalité et plus intelligente ». Surtout quand on voit les aspirations de cette jeunesse du continent, en effet, laquelle fera qu’en 2050 un terrien sur quatre sera un Africain habitant en Afrique. Des aspirations de « Souverains Citoyens » – pour ainsi dire – et dont plusieurs blogs se font l’écho. Par exemple, avec la journaliste politique Marie Hélène Sylva sur www.theafronomist.com et avec la journaliste reporter image (Jri) et ancienne présentatrice à Africa 24 Flore Onissah, sur www.diasporoom.com. Un même mot clé : liberté. Au final, le premier problème ainsi présenté correspond à la question suivante : Comment la politique économique peut-elle permettre d’assurer efficacement le « développement humain » au sens du PNUD qui est le sens initié par le prix Nobel d’économie Amartya Kumar Sen. Cet intellectuel est du reste l’auteur d’un petit livre profond qu’il est conseillé à tous de lire pour le sujet qui nous préoccupe ici : La démocratie des autres. Pourquoi la liberté n’est pas une invention de l’Occident – Éditions Payot, 2005.


À lire :

2ème partie : Monnaies nationales africaines et guerre du dollar contre le yuan

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