Burundi : Résistance pays bien aimé (3/3)

BurundiContribution de Nestor Bidadanure, journaliste, écrivain, philosophe burundais

LA LIBÉRATION DU BURUNDI

Si les anciennes générations de Burundais avaient été dominées par la peur, ils n’auraient pas vaincu les esclavagistes. De même, le Burundi ne serait pas un pays juridiquement indépendant sans la lutte dans la dignité des indépendantistes. Sans le courage et les sacrifices des démocrates d’hier, le droit d’élire nos dirigeants nous serait toujours interdit. L’arbre de la liberté a toujours pour racine le courage humain. Il faut du courage aujourd’hui pour sortir le Burundi d’un véritable désastre politique et humain. Parce que les militaires et les policiers sont les filles et les fils du peuple, ils doivent collectivement refuser de tirer sur le peuple. La soumission à la tyrannie au point de faucher ses frères et sœurs est la plus haute humiliation pour un soldat. Le serment des forces armées et de la police est de garantir la sécurité du pays et des citoyens et non de protéger la tyrannie. Tirer sur son peuple c’est la ligne rouge que ne doivent plus franchir, à aucun prix, les forces de sécurité ! De même, aucun burundais ne doit accepter d’être transformé en tortionnaire d’êtres humains. Personne n’est condamné à être prisonnier du passé.

La soumission à la tyrannie au point de faucher ses frères et sœurs est la plus haute humiliation pour un soldat.

Qu’importe ce que vous avez été, vous pouvez encore changer, vous révolter et agir pour un Burundi meilleur. Du passé, on ne peut plus grand chose. Mais le présent et l’avenir restent ouverts. Vous pouvez commencer une nouvelle histoire de liberté. Celui qui vous ordonne de torturer et massacrer votre peuple vous déshumanise et ne sera pas là demain pour vous défendre quand vous serez face à vos victimes. En général, quand les tyrans sont arrêtés, ils nient avoir donné les ordres d’exécuter les innocents. Et même s’ils venaient à assumer demain la responsabilité de leurs ordres funestes, vous seriez condamnés pour avoir accepté l’inacceptable. Ne soyez plus les dindons de la farce. Chaque citoyen burundais doit à son humble niveau contribuer à l’arrêt de l’incommensurable souffrance de son peuple en devenant résistant. Ne rampez plus, ne hurlez plus avec les loups, agissez pour la libération de votre mère patrie. Soyez de celles et ceux qui, demain, seront fiers de raconter à leurs enfants qu’au moment où la nation tomba sous la botte de la tyrannie, se mirent en mouvement sur le chemin de la résistance pour qu’advienne la liberté dans la mère patrie. Et quand vous vous en irez de ce monde, vos noms resteront lumineux. Car le souvenir de celles et ceux qui ont lutté pour la liberté des peuples en Afrique et dans le monde est inaltérable.

Pour que la libération devienne la liberté et l’alternance devienne l’alternative, la lutte en cours au Burundi ne doit pas se limiter au seul renversement de Nkurunziza. Elle doit être une lutte pour un grand projet : un Burundi libre, démocratique et sans exclusion. Un Burundi où les droits humains sont garantis à l’ensemble des citoyens y compris à ceux qui font terriblement de mal aujourd’hui au peuple burundais. Un pays où les familles des victimes d’hier et d’aujourd’hui connaîtront les circonstances de la mort des leurs. Un pays où chaque victime des crimes présents et passés aura un nom, la reconnaissance de toute une nation. Un pays où les contentieux du passé seront traités d’une manière qui tire la nation vers le haut et non vers le bas. Un pays sans corruption où le peuple pourra vivre dignement de son salaire valorisé. Un pays où la justice sera irréprochable et les droits des prisonniers respectés. Un pays où les nouveaux dirigeants ne se contenteront plus du partage des miettes mais lutteront tels des lions pour le développement et la prospérité de leur pays. Un pays où la démocratie rimera avec la transparence dans le mode d’accès et de gestion du pouvoir. Un pays qui sait accueillir toutes les expériences de réussite dans le monde tout en inventant son propre développement. Un pays où aucun enfant ne sera enfant des rues, où les droits économiques et sociaux seront garantis à chaque citoyen. Un pays où les valeurs d’Ubuntu, (humanisme) d’Ubupfura (noblesse du cœur et de l’esprit), d’Ubutwari (bravoure et héroïsme) et d’Ubushingantahe (l’attachement à la vérité, la justice et la droiture) seront enseignées dès le plus jeune âge. Un pays qui fera corps avec ses voisins pour construire une région sans guerre et sans pauvreté. Pour un tel pays, nul ne doit craindre de lutter. Puisse la communauté internationale, qui dispose des instruments de pression sur le pouvoir de Bujumbura, entendre le cri de souffrance et de résistance du peuple burundais. A notre époque, nul ne devrait oublier que l’indifférence à la souffrance des peuples pour cause de calculs géostratégiques ou de maigres intérêts économiques a toujours été, dans l’histoire la source de terribles tragédies humaines.

Ce que les peuples qui souffrent de la tyrannie demandent aux humanistes de tous les pays, ce n’est pas simplement la condamnation des crimes du passé mais bien plus leur opposition aux tyrannies du présent. Car il faut bien le dire c’est aussi à cause de ceux qui savent mais se taisent ou gesticulent que le peuple burundais continue de mourir. Mais que nul ne s’y trompe, la souffrance du peuple burundais révolte de nombreux citoyens dans le monde. Que ce soit en Afrique ou ailleurs dans le monde, ils sont nombreux à être tétanisés par les images inouïes des crimes du pouvoir actuel sur les citoyens. Les crimes du pouvoir burundais évoquent l’insoutenable histoire de la barbarie humaine et justifient naturellement la résistance du peuple burundais. Et à chaque fois qu’un peuple se lève quelque part au nom de la liberté, l’écho de son cri est repris par des âmes libres au delà de ses frontières. Les résistants burundais ne sont pas seuls ! Les mots solidarité et liberté ont encore de longues racines dans les cœurs des millions d’êtres humains dignes de notre humanité commune. Résistance pays bien aimé : tu n’es pas seul !

Par Nestor BIDADANURE

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Résistance pays bien aimé (1/3)

Résistance pays bien aimé (2/3)

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