10 mai : Que l’esclavage sorte… du Noir !

Mémorial acte esclavageÀ l’occasion de la Journée commémorative de l’abolition de l’esclavage en métropole, François Hollande inaugure aujourd’hui (10 mai) le Mémorial ACTe en Guadeloupe. L’occasion d’honorer le souvenir des esclaves africains mais aussi s’interroger sur les autres formes de traite d’êtres humains qui gangrènent notre société moderne. La traite négrière n’est plus l’affaire du seul peuple noir, elle fait partie de l’histoire commune et affecte l’Humanité tout entière.

 « Quiconque oublie son passé est condamné à le revivre », Primo Levi.

Le Centre d’expression caribéenne et de mémoire de la traite et de l’esclavage (Mémorial ACTe) à Pointre-à-Pitre est le « plus grand centre mondial sur l’esclavage », selon l’Élysée. Pour son inauguration officielle, François Hollande a choisi le 10 mai, journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. L’événement fortement symbolique rassemblera notamment les présidents sénégalais Macky Sall, malien Ibrahim B. Keïta et béninois Boni Yayi.

Nul besoin de revenir sur les méfaits de cette ignoble tragédie humaine que fut l’esclavage sur le peuple noir. Pourtant, malgré plus de 3 siècles de traite et d’innombrables victimes, cette sombre période de l’histoire est la moins étudiée.

« On ne peut occulter le fait que la traite et le profit qu’en ont tiré les puissances esclavagistes ont jeté pour des siècles les bases de la domination de l’Occident. Notre monde, aujourd’hui, porte encore trace de ce rapport de domination. Les lignes de fracture entre métropoles et colonies sont les mêmes lignes qui partagent aujourd’hui le monde entre pays dits développés et pays dits du tiers monde ». – Paul Vergès (Discours au Sénat le 23 mars 2000).

Outre la traite négrière transatlantique du 15ème au 19ème siècle, le Mémorial ACTe aborde l’histoire de l’esclavage dans sa globalité, de l’antiquité à nos jours. Le travail de mémoire se poursuit, mais pour de nombreuses associations, l’esclavage est loin d’avoir été éradiqué et ne concerne plus que les Noirs.

Sortir du champ réducteur de la couleur de peau

La date du 10 mai correspond à l’adoption par le Parlement, le 10 mai 2001, de la loi Taubira « reconnaissant la traite négrière transatlantique et l’esclavage » comme crime contre l’humanité. Si cette loi a permis à la France d’assumer son passé esclavagiste (la France fut la troisième puissance négrière européenne), la traite des êtres humains n’a pas pour autant disparu dans l’hexagone ni ailleurs dans le monde. Selon un rapport de l’ONG Walk Free en 2014, près de 36 millions de personnes seraient encore esclaves sur la planète. « L’esclavage moderne est présent dans l’ensemble des 167 pays » étudiés, précise l’organisation. Le Comité contre l’esclavage moderne décrit l’esclave moderne comme une personne soumise à l’esclavage pour dettes, au travail forcé, à l’esclavage sexuel, au mariage forcé, à l’esclavage traditionnel etc. « Si elles se rencontrent le plus souvent en Asie et en Afrique, l’Europe et l’Amérique sont également concernées »Par conséquent, on ne peut plus se défaire de ce malaise : l’esclavage ressurgit et revêt de nouveaux visages dans le monde entier, avec la même base de discrimination.

Que dire du sort des femmes victimes de trafic et d’esclavage sexuel en Europe ? Des jeunes enfants assujettis à la condition de domestiques dans des pays occidentaux ? Que dire des victimes de la mendicité forcée ? Ou encore de ces ouvriers népalais morts sur les chantiers controversés de construction des sites de la Coupe du monde 2022 au Qatar ?

C’est ensemble, quelle que soit la couleur de notre peau, notre origine ethnique, notre religion, que nous devons sortir l’esclavage du noir.

#TheAfronomist

#MoisDeLAfrique

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1Je suis une journaliste optimiste mais réaliste, une fille normale qui rêve d'une vie normale dans un monde pas si normal!! Ma vision de l'Afrique tranche avec le regard excessivement sombre que montrent les médias internationaux et je veux le faire savoir. Sénégalaise d’origine, strasbourgeoise et parisienne de cœur, globe-trotter dans l'âme, j’ai la phobie des esprits étriqués et des espaces limités. Je suis une afronomiste.

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